
La croissance du trail en chiffres : 5 900 courses, et les premiers signes d'essoufflement
Photo : Kilomètre 70
Le nombre de courses a doublé en dix ans en France. Mais les courbes nord-américaines ralentissent et les marques revoient leurs prévisions à la baisse.
- 5 900courses de trail en France en 2025, deux fois plus qu'en 2015
- 1Mde finishers trail en France en 2024, +27 % en un an
- 17,2Mde traileurs aux États-Unis, +57 % depuis 2019
- 2,3%de chances d'être tiré au sort à Western States
Commençons par le chiffre le plus solide, parce qu’il vient d’un comptage et non d’un sondage. En 2025, la France a organisé 5 900 courses de trail, soit 20 % de plus que l’année précédente et deux fois plus qu’en 2015. Les épreuves ont enregistré 1,44 million de résultats, environ trois fois plus qu’il y a dix ans.
L’année précédente, le baromètre de la Fédération française d’athlétisme avait déjà franchi un seuil symbolique : plus d’un million de finishers en trail en 2024, en hausse de 27 % sur un an.
Vingt ans de courbe mondiale
L’étude de référence sur l’ultra porte sur cinq millions de résultats entre 1996 et 2018.
| Indicateur | 1996 | 2018 |
|---|---|---|
| Participations annuelles | 34 401 | 611 098 |
| Participants uniques | 24 102 | 329 584 |
| Coureurs faisant plus d’une course par an | 14 % | 41 % |
Soit +1 676 % en vingt-trois ans, et +345 % sur les dix dernières années de la période. Une étude plus large portant sur le trail dans son ensemble, jusqu’en 2022, donne +231 % sur dix ans.
Un détail que les Français citent rarement : dans cette base mondiale, la France est le premier pays contributeur en volume d’ultras courus, et le premier également rapporté à sa population.
Le pays qui publie des séries fiables
Les États-Unis sont le seul pays disposant d’un comptage annuel continu.
| Année | Traileurs (millions) | Évolution |
|---|---|---|
| 2019 | 11,0 | — |
| 2021 | 12,5 | — |
| 2023 | 14,8 | — |
| 2024 | 16,2 | +8,8 % |
| 2025 | 17,2 | +6,6 % |
Soit +57 % depuis 2019. Sur cinq ans, le trail y progresse à un rythme annuel de 8 %, contre 0,5 % pour la course à pied en général.
Qui court : plus jeune, plus féminin
Deux mouvements de fond, tous deux visibles en France.
L’âge baisse. L’âge moyen d’un finisher de trail français est passé à 40 ans, contre 42 deux saisons plus tôt. La part des moins de 35 ans est montée à 35 %, dix points de plus qu’en 2015.
La féminisation avance, mais pas partout. Les femmes représentaient 24 % des finishers de trail français en 2015 ; elles sont 32 % en 2025. Sur les formats ultra, en revanche, elles ne sont que 13 %.
Cet écart se retrouve mondialement. Selon l’ITRA, la part des femmes est de 45,5 % sur 10 km, 25,7 % sur marathon, 18,4 % sur 100 km et 14,4 % sur 100 miles. Plus la distance augmente, plus les femmes disparaissent — et c’est la statistique la plus stable du sport.
Le trail se raccourcit
C’est la tendance la moins commentée et peut-être la plus importante. Sur les courses indexées par l’UTMB, deux participants sur trois courent un marathon ou moins. Un sur trois dépasse 50 kilomètres. Un sur cent court le 100 miles.
La distance moyenne d’une course de trail dans le monde est de 24,6 kilomètres. Le segment « light trail » représente 63 % du marché de la chaussure. Et aux États-Unis, environ 80 % des nouveaux traileurs viennent de la route.
L’imaginaire du sport est celui du 100 miles. Sa réalité est celle du trail de 20 kilomètres le dimanche matin.
La demande dépasse l’offre, mais pas partout
Les grandes courses, elles, étouffent.
Western States a reçu 11 328 candidatures pour la loterie 2026, représentant 93 003 tickets, et dispose de 257 places tirées au sort. Soit un taux de sélection de 2,3 %. Le plafond de 369 coureurs n’a pas bougé depuis 1984.
L’UTMB a reçu plus de 29 000 candidatures en 2026 sur ses trois finales, contre 25 000 l’année précédente. L’organisation indique que la demande dépasse la capacité d’un facteur cinq. Les quotas sont inchangés depuis 2006.
Et ce n’est pas qu’une affaire de courses mythiques : en France, 60 % des coureurs réguliers déclarent n’avoir pas pu s’inscrire à au moins une course faute de place.
Les premiers signes de ralentissement
Trois indicateurs indépendants pointent dans la même direction depuis deux saisons.
Les finishes d’ultra en Amérique du Nord sont passés de +10,3 % en 2024 à +3,7 % en 2025. Dans le même temps, le nombre de courses, lui, a accéléré : +8,4 %. L’offre croît désormais plus vite que la demande.
La taille moyenne des courses recule pour la première fois : 48,8 finishers par épreuve en 2024, 47,0 en 2025.
Les marques revoient leurs prévisions. Après une saison 2025 exceptionnelle, les trois principaux acteurs annoncent tous un ralentissement :
| Marque | Croissance 2025 | Prévision suivante |
|---|---|---|
| Amer Sports (Salomon) | +26,7 % | +16 à 18 % |
| On Holding | +35,6 % | +23 % minimum |
| HOKA (Deckers) | +15,9 % | « croissance à un chiffre élevé » |
Aux États-Unis, deux formats sont déjà en recul en 2025 : le 50 miles perd 4,8 %, l’épreuve de 6 heures 1,9 %. Seul le 100 km progresse franchement, à +16,6 %.
Ce que la croissance coûte
Le revers est désormais documenté.
L’empreinte carbone de l’UTMB a été estimée à environ 18 600 tonnes de CO₂ équivalent, dont plus de 80 % imputables aux transports. L’organisation vise une baisse de 20 % d’ici 2030. Une étude sur une course croate a chiffré à 95 kilos de CO₂ par coureur le seul trajet aller-retour.
Les conflits d’usage se multiplient. Soixante-dix à quatre-vingts pour cent des forêts françaises sont privées, et l’inscription d’un sentier au plan départemental ne vaut pas autorisation de course. Au printemps 2025, la fermeture d’un seul sentier en Chartreuse a contraint deux courses à modifier leur parcours en urgence.
Plusieurs organisateurs ont choisi de plafonner volontairement. La Maxi-Race d’Annecy est passée de 10 000 à 7 500 coureurs. Les Templiers maintiennent leur jauge depuis des années et consacrent environ 25 000 € par an au dialogue avec les propriétaires. Le Marathon du Mont-Blanc tire au sort depuis plus de dix ans sans augmenter sa jauge.
Sur la méthode. Les chiffres français de pratique sont à manier avec précaution : l’Union Sport & Cycle recensait 1,5 million de pratiquants de trail en 2022-2023, Kantar en compte 2,6 millions en 2025. L’écart de 74 % tient aux définitions du « pratiquant », qu’aucune des deux sources ne publie. Les comptages de courses souffrent du même flou entre « épreuve » et « événement », d’où des totaux parfois incompatibles d’une publication à l’autre. Les données américaines sont les plus fiables parce que ce sont les seules séries annuelles continues. Enfin, aucune source institutionnelle ne donne de nombre de pratiquants à l’échelle européenne : les chiffres de 8 ou 10 millions qui circulent n’ont pas de source primaire datée.
Sources
- Trail : 5 900 courses en France en 2025 (Union Sport & Cycle) ↗
- Observatoire du Running 2026 (Union Sport & Cycle, PDF) ↗
- 2026 Running Report (Outdoor Industry Association) ↗
- Série des finishes ultra en Amérique du Nord (UltraRunning Magazine) ↗
- The State of Trail Running 2022 (RunRepeat) ↗
- Statistiques de la loterie 2026 (Western States) ↗
- Données UTMB x Strava sur la pratique mondiale ↗
- Résultats annuels 2025 d'Amer Sports (Salomon) ↗
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