
GR20 : le record d'Aurélien Dunand-Pallaz, raconté par les dix copains qui l'ont tenu
Photo : Kilomètre 70
27 h 29 sur le GR20, 2 h 17 de mieux que François D'Haene. Derrière le record, une dizaine de pacers de très haut niveau et une trentaine de personnes.
Athlètes citésThéo Detienne
- 27 h 29le nouveau record du GR20
- 2 h 17d'avance sur François D'Haene
- 166kmpour plus de 12 000 m de dénivelé
- 20etraversée du GR20 pour Dunand-Pallaz
Le 24 septembre 2026 à cinq heures du matin, Aurélien Dunand-Pallaz part de Calenzana. Vingt-sept heures et vingt-neuf minutes plus tard, il arrive à Conca. Il vient d’améliorer de 2 h 17 le record du GR20 établi par François D’Haene deux mois et demi plus tôt.
Sur le papier, c’est l’exploit d’un homme seul. Dans les faits, ils étaient une trentaine, dont une dizaine de coureurs capables de gagner des courses internationales, qui se sont relayés pour le tenir à l’allure.
Ce que dit le chronomètre
| Année | Détenteur | Temps |
|---|---|---|
| 2009 | Kilian Jornet | 32 h 54 |
| 2014 | Guillaume Peretti | 32 h 00 |
| 2016 | François D’Haene | 31 h 06 |
| 2021 | Lambert Santelli | 30 h 25 |
| juillet 2026 | François D’Haene | 29 h 46 |
| septembre 2026 | Aurélien Dunand-Pallaz | 27 h 29 |
D’Haene avait été le premier homme sous les trente heures, le 9 juillet. Le record a tenu soixante-dix-sept jours.
L’écart s’est construit dès le départ, sur la partie nord, la plus technique : 1 h 40 d’avance à Vizzavona, à mi-parcours. Puis il n’a cessé de grandir — 1 h 58 au kilomètre 100, 2 h 14 au col de Bavella, 2 h 17 à l’arrivée.
« J’ai pris le risque de partir vite sur la partie Nord qui est la plus technique, malgré les mises en garde », a-t-il reconnu après coup.
La règle : deux accompagnateurs à la fois, pas plus
Le GR20 est classé « Premier Route » par le site qui homologue les records, ce qui impose des exigences de preuve renforcées. Dunand-Pallaz a couru en catégorie assistée, avec un règlement précis : deux pacers simultanément au maximum — trois tolérés dans le Cirque de la Solitude —, autorisés à porter le matériel, l’eau et la nourriture, mais interdits de porter, pousser ou tirer le coureur.
Pour les preuves : une balise Garmin inReach émettant sa position, la trace de sa montre, et deux carnets de route tamponnés à chaque refuge, signés au départ par un représentant de la Ligue corse de la FFME.
Qui était là
Neuf noms sont cités par la presse française, un dixième par iRunFar. Ce ne sont pas des amis qui viennent faire un bout de chemin : c’est un plateau.
Théo Detienne, index UTMB 903, vainqueur des 90 km du Mont-Blanc 2025 et de l’Ultra-Trail des Païens 2024, part avec lui sur le premier relais. Son UTMB 2026, terminé à la 71e place, s’était terminé loin de ses ambitions.
Arthur Joyeux-Bouillon, index 868, troisième de la TDS 2021, vainqueur du Torn dera Val d’Aran 100 miles en 2025, prend le deuxième relais et revient sur le neuvième.
Diego Pazos, le Suisse, deuxième de la Hardrock 100 en 2024 en 24 h 39. Il a géré les portions les plus techniques avec une douleur au pied.
Daniel Antonioli, l’Italien, coéquipier de Dunand-Pallaz chez Scarpa, index 883, vainqueur du Verbier St-Bernard 50K en 2023, l’accompagne jusqu’au Cirque de la Solitude puis le reprend de nuit à partir du kilomètre 110.
Julien Michelon, skieur-alpiniste professionnel de Gap, vainqueur du Cross du Mont-Blanc et vice-champion de France par équipe en ski-alpinisme, ouvre avec Detienne puis revient pour la nuit.
Pierre Gapihan, vainqueur de La Montagn’Hard 2025 sur 100 miles. Sylvain Léonard, sur le quatrième relais. Et Laurent Bienaimé, Valentin Noebes et Alain Pillet, des proches dont le palmarès n’est pas documenté.
Autour, une trentaine de personnes : les ravitaillements, le transport des relayeurs entre les zones, Julia Dunand-Pallaz, son épouse et kinésithérapeute, présente au kilomètre 110, ses parents sur une partie des points, et des bénévoles qui lui ont apporté un bouillon au col de Laparo vers minuit vingt.
Ce qu’ils en ont dit
C’est le meilleur témoignage sur ce qu’il a produit ce jour-là, parce qu’il vient de gens capables de mesurer.
« C’est un taré, il a failli me faire sauter deux fois. » — Théo Detienne
« Pour l’instant, c’est impossible de le faire craquer. » — Diego Pazos
« Il connaît par cœur cette portion. Je n’avais quasiment pas de marge dans la montée. » — Arthur Joyeux-Bouillon
« Il est impressionnant. » — Julien Michelon
Des coureurs qui gagnent des 100 miles disent, chacun à sa manière, qu’ils ont eu du mal à suivre sur leur tronçon — alors qu’ils arrivaient frais et qu’il courait depuis des heures.
Six ans de préparation
Le projet s’appelle Game of Stones et date de 2020. Dunand-Pallaz connaît la Corse depuis l’enfance, par les vacances familiales. Il avait déjà traversé le GR20 dix-neuf fois avant cette tentative, qui était la vingtième. Cinq reconnaissances en six ans, dont une un mois avant, centrées sur la partie nord.
La tentative avait été reportée en 2025, entre blessures et passage à vide.
Le choix de la fenêtre dit beaucoup de la précision du travail. D’Haene avait couru en juillet, dans la chaleur. Dunand-Pallaz a visé l’équinoxe pour avoir des températures fraîches, en acceptant en échange trois heures de nuit supplémentaires à la frontale. Le calcul s’est révélé juste : conditions idéales, pas trop chaud le jour, pas trop froid la nuit.
Détail révélateur : il a couru sans sac, dans la même tenue du début à la fin, sans veste et sans changer de chaussures. Les arrêts aux ravitaillements ont duré trois à quatre minutes en moyenne.
Ce qui a failli coincer
Presque rien, et c’est précisément ce qui frappe. Aucune chute, aucun problème digestif, aucune douleur articulaire. La défaillance attendue n’est jamais venue.
Deux incidents seulement : une erreur de trace de nuit juste avant le col de Bavella, qui lui coûte environ six minutes, et un ravitaillement avalé dans l’urgence au kilomètre 149. « Ça commence à être dur ! J’ai le ventre vide », lâche-t-il alors. C’est à peu près la seule faiblesse qu’il ait exprimée.
Il n’a consulté ses écarts qu’à deux repères prévus à l’avance, le col de Vergio et Vizzavona. Le reste du temps, il a couru aux sensations.
François D’Haene, dépossédé de son record après deux mois et demi, a commenté sobrement : « Comme quoi, on peut toujours repousser les limites. »
Sur la méthode. Les sources divergent sur deux points que nous n’avons pas pu trancher. Le nombre de pacers : neuf selon la presse française, dix selon iRunFar, l’écart portant probablement sur Daniel Antonioli, absent de certaines listes. La distance et le dénivelé : de 160 à 180 kilomètres et de 12 000 à 12 500 mètres selon les sources, la trace Strava donnant 166,62 km pour 12 507 m. Nous retenons les valeurs les plus largement reprises, 166 km et plus de 12 000 m, en signalant l’incertitude. Enfin, le parcours de référence inclut le Cirque de la Solitude, qui n’est plus sur le GR20 balisé depuis l’accident de 2015 mais reste l’itinéraire historique servant de base aux records. Le statut d’homologation définitif sur fastestknowntime.com restait à confirmer à la publication.
Sources
- Aurélien Dunand-Pallaz sets GR20 FKT (iRunFar) ↗
- Le récit de la tentative et les réactions des pacers (Outside.fr) ↗
- Le détail des temps de passage et de l'équipe (Distances+) ↗
- Les dix problèmes que pose le record (u-Trail) ↗
- Classement officiel du GR20 (Fastest Known Time) ↗
- Game of Stones, le projet (Compressport) ↗
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