Graphique comparant les taux d'abandon de la Diagonale des Fous et de l'UTMB de 2023 à 2025
N°13Courses3 min7 octobre 2026

Pourquoi on abandonne moins sur la Diagonale des Fous qu'à l'UTMB

13.
Yann Spigolis
Courses

Photo : Kilomètre 70

24,3 % d'abandon en 2025 contre 33 % à l'UTMB, sur une course plus longue et plus raide. L'explication tient en une seule variable.

Verdict

La Diagonale est plus dure physiquement et plus clémente réglementairement : 66 heures pour 180,8 km, là où l'UTMB en accorde 46 h 30 pour 173 km.

  • 24,3%abandons en 2025 (663 sur 2 727 partants)
  • 33%abandons à l'UTMB la même année
  • 2,74km/hmoyenne exigée sur la Diagonale
  • 3,72km/hmoyenne exigée à l'UTMB

La Diagonale des Fous traîne une réputation d’épreuve impossible. Les chiffres disent autre chose : on y arrive au bout plus souvent qu’à l’UTMB, alors qu’elle est plus longue, plus raide et nettement plus chaude.

En 2025, 663 coureurs ont abandonné sur 2 727 partants, soit 24,3 %. La même année, l’UTMB a enregistré 33 % d’abandons. L’écart représente près d’un coureur sur dix.

Édition par édition

Édition Taux d’abandon
2022 31 %
2023 26 %
2024 31,5 %
2025 24,3 %

En 2024, la course comptait 2 939 partants pour 2 014 finishers, sur un parcours de 175,9 km et 10 100 m de dénivelé. En 2025, 2 727 partants et 2 064 finishers. Le taux bouge d’une année à l’autre selon la météo, mais il reste dans une fourchette de 24 à 32 %, là où l’UTMB oscille plutôt entre 33 et 36 % sur les mêmes saisons.

La variable qui explique presque tout

Comparons ce qui est comparable. L’UTMB fait environ 173 km, à boucler en 46 h 30 maximum. La Diagonale fait 180,8 km, en 66 heures.

Ramené à une vitesse moyenne à tenir sur l’ensemble du parcours :

Distance Barrière Moyenne exigée
UTMB 172,9 km 46 h 30 3,72 km/h
Diagonale des Fous 180,8 km 66 h 00 2,74 km/h

L’UTMB demande d’aller 36 % plus vite, pour une distance quasi identique et un dénivelé du même ordre.

C’est toute la différence. Sur la Diagonale, un coureur moyen peut dormir deux fois, perdre deux heures sur une mauvaise phase digestive, s’asseoir vingt minutes à un ravitaillement, et rester dans les temps. Sur l’UTMB, chacune de ces trois choses entame la marge, et les trois ensemble la consomment entièrement.

Autrement dit : la Diagonale est plus dure physiquement et plus clémente réglementairement. Ce n’est pas une contradiction, c’est un choix d’organisation, cohérent avec une épreuve qui se court dans la chaleur, sur des sentiers très techniques, et où la nuit dure longtemps.

Les autres facteurs, par ordre d’importance

La météo est la variable la plus brutale d’une année sur l’autre. L’édition 2025 a bénéficié de conditions décrites comme parfaites, sans épisode de pluie majeure. Un cyclone en approche ou une nuit froide sur les hauts déplace le taux de plusieurs points.

La sélection à l’inscription. L’accès passe par des points qualificatifs et un index de performance. Le filtre élimine en amont une partie des profils qui, sur une course ouverte, partiraient sans l’expérience nécessaire.

Le niveau général de préparation. Les plans structurés et le recours à un entraîneur se sont banalisés. C’est l’explication la plus souvent avancée, et probablement la plus faible des trois : elle vaut autant pour l’UTMB, dont le taux n’a pas baissé dans les mêmes proportions.

Ce que ça change si tu es au départ

Le matelas existe, sers-t’en. Si tu viens de l’UTMB ou d’un ultra alpin, ton réflexe sera de ne jamais t’arrêter. Sur la Diagonale, dormir est une stratégie gagnante et non un aveu de faiblesse — la barrière entre Bélouve et Hell-Bourg est faite pour ça, elle accorde quatre heures pour 4,2 kilomètres.

Et la moyenne de 2,74 km/h est trompeuse. Les barrières intermédiaires ne sont pas réparties uniformément : les quarante-cinq premiers kilomètres sont de loin les plus exigeants en effort, et le segment qui suit le Maïdo demande 4,43 km/h au sol après quarante-six heures de course. Trois coureurs sur quatre finissent ; ceux qui sortent le font très majoritairement à ces deux endroits.

Sur la méthode. Les taux d’abandon 2023 à 2025 proviennent des bilans publiés par u-Trail et sont cohérents entre eux : les chiffres 2024 recalculés à partir des partants et des finishers donnent bien 31,47 %. Les distances et barrières 2026 viennent de la page officielle du Grand Raid. Les vitesses moyennes exigées sont nos calculs. Le taux de l’édition 2026 sera ajouté ici après l’arrivée.

Sources

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