Illustration : Gels au lactate : ça marche ?

Gels au lactate : ça marche ?

Les gels au lactate promettent un « double carburant ». Les études depuis les années 1990 sont mitigées, aucune ne porte sur le trail.

30 ans d'études. Résultats mitigés. Zéro en trail.

+4 %
Sur 20 min de vélo, dans une étude pilote (Ewell et al., 2024)
0
Effet sur 2 h 15 d'intervalles à vélo, avec plus de troubles digestifs (Bordoli et al., 2024)
0
Étude en trail, en course à pied longue ou en ultra, à notre connaissance

Notre verdict.

Preuve faible · résultats mitigés, rien en trail

Le lactate avalé est étudié depuis 30 ans : quelques résultats positifs sur des efforts intenses et courts, autant de résultats nuls. Aucune étude en trail, et la plus récente sur un effort long note plus de troubles digestifs (Bordoli et al., 2024).

Le « double carburant ».

Depuis 2026, plusieurs marques vendent des gels avec du lactate (de sodium ou de calcium) en plus des sucres. L’argument : le lactate est un carburant que les muscles et le cœur brûlent directement.

L’idée tient sur le papier. Le lactate n’est pas un déchet, c’est un carburant (Brooks, 2018) : on vous explique tout dans Le lactate n’est pas un déchet.

Deux effets possibles.

  1. Un carburant de plus, à côté du glucose et du fructose.
  2. Un tampon : une fois transformé, le lactate fait monter le bicarbonate dans le sang, comme le bicarbonate de sodium.

Les études positives s’expliquent surtout par le deuxième effet, sur des efforts intenses. Le « double carburant » en endurance est l’idée la moins testée.

Les études qui comptent.

Étude · 2007Azevedo et al.Environ 25 % de temps d'effort en plusLactate ajouté à un mélange de sucres, test jusqu'à épuisement.Gain mesuré
Étude · 2014Northgraves et al.Aucun effet sur 40 km à véloContre-la-montre, le format le plus proche d'une vraie course.Pas de gain
Étude · 2024Ewell et al.+4 % sur 20 minutes à véloÉtude pilote, 15 sportifs amateurs, gélules de lactate (pas des gels).Gain mesuré
Étude · 2024Bordoli et al.Aucun effet sur 2 h 15 d'intervalles16 cyclistes entraînés. Troubles digestifs plus fréquents.Pas de gain

Le piège.

Les résultats positifs viennent surtout de tests « jusqu’à épuisement » ou d’efforts de moins de 20 minutes. Ces tests grossissent souvent les écarts par rapport à une vraie course.

Toutes les études, dans l’ordre.

D’après le recensement de Bordoli et al. (2024). Nous n’avons pas relu chaque étude ancienne en détail.

Année Étude Résultat
1994 Swensen et al. Pas d’effet
1998 Bryner et al. Pas d’effet
2004 Van Montfoort et al. Temps d’effort allongé
2007 Azevedo et al. +25 % de temps d’effort
2011 Morris et al. Amélioration
2012 Peveler et Palmer Pas d’effet
2014 Northgraves et al. Pas d’effet
2014 de Salles Painelli et al. Pas de gain
2016 Morris et al. Amélioration
2016 Oliveira et al. Pas d’effet
2019 Russ et al. Pas d’effet
2024 Ewell et al. +4 %
2024 Bordoli et al. Pas d’effet

Et les pros du Tour de France ?

Des rumeurs ont accompagné le lancement des gels. Nous n’avons trouvé aucune confirmation d’une équipe, aucune donnée. Et même si c’était vrai : une équipe qui utilise un produit, c’est souvent un partenariat, pas une preuve.

En pratique.

  • Ne remplacez pas vos glucides par du lactate. Le levier démontré reste la quantité de glucides.
  • Vous voulez essayer : à l’entraînement, sur plusieurs sorties longues, en surveillant votre ventre.
  • Comptez le sodium : le lactate de sodium en apporte. Voir Sel, sodium et hyponatrémie.

Notre avis.

Trop tôt pour payer plus cher. Trente ans d’études n’ont rien de ridicule : le lactate peut aider sur des efforts courts et intenses.

Mais pour un trail de 4 heures ou un ultra, rien ne montre qu’il fait mieux que des glucides bien dosés. On reviendra sur le sujet dès qu’une étude portera sur la course longue.

Sources

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